Gestion des résistances du mildiou de la pomme de terre
La gestion des résistances des populations de Phytophthora infestans constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour la protection de la pomme de terre. Les données d’EuroBlight* montrent que la structure génétique du pathogène évolue rapidement, avec l’apparition périodique de génotypes dominants et de variants à sensibilité réduite. Combinée à la réduction du nombre de substances actives disponibles en Europe, cette dynamique accroît la vulnérabilité des programmes fondés sur un nombre limité de modes d’action.
Dans ce contexte, comprendre les mécanismes d’adaptation — flux génique, remplacement progressif de génotypes et pression de sélection associée aux fongicides unisites — devient essentiel pour construire des programmes plus durables. Les producteurs, soucieux de sécuriser leur productivité face à cette variabilité évolutive, intègrent de plus en plus des leviers complémentaires, tels qu’OPSeed75, afin de réduire la pression sur les modes d’action sensibles et de renforcer la robustesse des stratégies dans une approche IPM (Integrated Pest Management – Protection Intégrée des Cultures).
*EuroBlight – Réseau européen d’experts dédié à la gestion durable du mildiou et de l’alternariose de la pomme de terre
Qu’est-ce que la « résistance » aux produits de protection des plantes ?
Selon le R4P* regroupant des professionnels de l’INRAE et l’ANSES, la résistance correspond à une diminution de sensibilité d’un bioagresseur à un produit de protection des plantes. Elle apparaît lorsque certains individus, naturellement moins sensibles, survivent à l’application d’un produit auquel la majorité resterait sensible.
Ces individus se multiplient au fil des cycles, transmettant la résistance et réduisant progressivement l’efficacité des interventions. La résistance découle d’un phénomène de sélection : les mutations ou variants moins sensibles existent déjà dans la population, et les traitements successifs les sélectionnent jusqu’à réduire l’efficacité du produit.
*R4P – Le réseau de Réflexion et de Recherche sur la Résistance aux Pesticides
Mécanismes d’adaptation chez le mildiou
Le mildiou (Phytophthora infestans) peut s’adapter très rapidement aux fongicides. Selon ARVALIS*, il existe deux grands types de résistance chez les champignons :
- La résistance liée à la cible (RLC), le cas le plus courant pour le mildiou :
Le champignon modifie la zone où le fongicide est censé agir. Avec ce changement, le produit devient moins efficace.
Comme cette modification repose souvent sur une seule mutation, le risque d’apparition de souches résistantes augmente fortement lorsque l’on utilise trop souvent le même mode d’action. Cela peut aussi entraîner des résistances croisées entre produits proches. - La résistance non liée à la cible (RNLC) :
Le champignon ne touche pas la zone d’action du produit mais développe d’autres moyens pour le contourner (par exemple : évacuer le produit plus vite). Ce mécanisme existe, mais il semble moins important pour le mildiou que la résistance liée à la cible.
*ARVALIS : Institut technique français qui réalise des essais au champ pour fournir des références objectives sur les variétés, les pratiques culturales et la protection des plantes
Des souches qui circulent d’une région à l’autre
Les souches de mildiou ne restent pas localisées : elles circulent entre régions, exploitations et systèmes de culture (c’est à dire qu’elles peuvent passer d’un territoire à l’autre, d’une ferme à une autre via le vent, les plants ou le matériel, et même d’un type de culture ou de rotation à un autre).
D’après les suivis réalisés au niveau européen par EuroBlight, cette circulation :
- Facilite l’arrivée rapide de nouvelles souches résistantes,
- Accélère le remplacement des souches sensibles,
- Favorise l’installation de variants plus difficiles à maîtriser.

Circulation des souches de mildiou (vent, plants, matériel)
Dans ce contexte, diversifier les leviers — notamment grâce à des solutions dont les modes d’action n’exercent pas de pression de sélection comme OPSeed75 — contribue à préserver la durabilité des programmes.
Pourquoi le mildiou de la pomme de terre évolue et s’adapte rapidement ?
Le mildiou de la pomme de terre, causé par Phytophthora infestans, possède un potentiel évolutif exceptionnel. Sa biologie repose sur une variabilité génétique élevée, une capacité à produire rapidement des générations successives et une forte aptitude à coloniser de nouveaux tissus. En conditions humides, son cycle d’infection peut se renouveler en quelques jours, augmentant mécaniquement les opportunités de mutation.
La répétition des applications d’un même fongicide accentue la pression de sélection : les génotypes naturellement moins sensibles persistent, se reproduisent et finissent par s’imposer dans la population. Ce processus évolutif, analogue à la sélection de bactéries résistantes aux antibiotiques, conduit à la résistance.
À l’échelle européenne, le réseau EuroBlight assure une surveillance structurée des génotypes de Phytophthora infestans, en caractérisant l’émergence de variants à sensibilité réduite et en documentant leur dynamique spatio‑temporelle. Ces données de référence, essentielles pour comprendre l’évolution des populations et les risques de résistance, constituent un socle scientifique pour adapter durablement les stratégies de gestion du mildiou.
Conséquences agronomiques d’une résistance installée
Une résistance avérée peut entraîner :
- Une efficacité réduite des produits utilisés,
- Des traitements plus fréquents pour maintenir un niveau de protection acceptable,
- Un risque accru d’infections rapides même en programmes réguliers,
- Une perte de flexibilité dans la construction des stratégies,
- Un impact direct sur la qualité et le rendement final.
Pourquoi les programmes fongicides actuels doivent évoluer ?
Face au retrait progressif de nombreuses substances actives les programmes de protection intégrée doivent s’appuyer sur un nombre d’outils de plus en plus restreint. Selon le Parlement européen, la mise en œuvre des critères d’exclusion et de substitution du Règlement (CE) n° 1107/2009 a conduit à une diminution continue du nombre de substances actives autorisées, renforçant la dépendance à quelques modes d’action clés et augmentant les risques de sélection de populations moins sensibles (d’après le rapport de l’European Parliamentary Research Service (EPRS), “The EU’s reduced availability of plant protection active substances” (2018), qui documente l’impact des critères d’exclusion et de substitution sur la disponibilité des substances actives au sein de l’UE).
À cet égard, la diversification des leviers agronomiques ainsi que l’adoption de stratégies préventives s’imposent comme des éléments clés pour assurer la durabilité des programmes de lutte contre le mildiou.
En pratique, cette évolution se traduit par :
- Une rotation plus complexe des modes d’action, du fait d’un choix restreint de familles réellement mobilisables selon les cultures et les fenêtres d’application,
- Une pression accrue sur les molécules restantes, qui doivent couvrir davantage de situations et d’étapes du cycle cultural, favorisant ainsi la sélection de souches moins sensibles,
- La nécessité d’intégrer des leviers complémentaires, notamment des solutions à mode d’action multisites comme OPSeed75, afin de diversifier les stratégies, réduire la dépendance aux fongicides conventionnels et sécuriser l’efficacité dans la durée.
Stratégies agronomiques pour limiter l’apparition des résistances
Avant toute application fongicide, la première ligne de défense reste les pratiques agronomiques.
En réduisant l’inoculum et en rendant le milieu moins favorable au mildiou, elles abaissent la pression initiale et allègent les programmes de protection.
Cette moindre exposition réduit ensuite la pression de sélection sur les fongicides, en particulier les unisites.
Conditions pour construire un socle agronomique durable :
- Utilisation de plants certifiés,
- Élimination des repousses et résidus contaminés,
- Rotation pour réduire les sources d’inoculum,
- Irrigation raisonnée pour limiter l’humidité foliaire,
- Aération du couvert grâce à une densité adaptée.
Gestion raisonnée des traitements anti‑mildiou
L’efficacité et la durabilité des fongicides reposent sur la réduction de la pression de sélection : diversifier les modes d’action et intervenir uniquement lorsque le risque l’exige.
Modes d’action :
- Alterner les familles chimiques,
- Toujours essayer d’utiliser une molécule unisite en association avec un produit avec un autre mode d’action,
- Éviter les répétitions successives d’un même mode d’action,
- Ajuster les doses au niveau de risque.
Positionnement :
- Intervenir en préventif,
- S’appuyer sur la météo et les outils d’aide à la décision,
- Optimiser la pulvérisation,
- Limiter les applications curatives.
Pourquoi intégrer des solutions complémentaires aux fongicides classiques ?
Avec moins de substances actives disponibles et un pathogène capable d’évoluer rapidement, les solutions complémentaires deviennent indispensables pour renforcer la durabilité des programmes. Leur intégration permet de diversifier les leviers, de réduire la pression sur les fongicides critiques et d’améliorer la robustesse globale des stratégies. Ces solutions jouent un rôle essentiel dans les démarches de protection intégrée :
- Diversification des modes d’action,
- Réduction de la dépendance aux fongicides de synthèse,
- Diminution de la pression de sélection.
Substances de base et biocontrôles : un rôle stratégique
Agissant via des mécanismes multiples, ces solutions sont peu susceptibles d’engendrer des résistances et s’intègrent parfaitement dans des programmes durables et compatibles avec l’agriculture biologique.
OPSeed75 : intégration d’une substance de base dans la gestion du mildiou
OPSeed75 est une substance de base issue de pépins de raisin. Elle est autorisée au niveau européen conformément au Règlement (CE) n° 1107/2009. Sa composition naturellement riche en oligomères procyanidoliques (OPC) en fait un outil compatible avec les approches de protection intégrée.
Agissant directement sur le pathogène et en stimulant les défenses naturelles de la plante, OPSeed75 est peu susceptible d’engendrer des résistances sur Phytophthora infestans.
Rôle dans les programmes anti‑mildiou :
- Réduire la sollicitation répétée des fongicides unisites,
- Diversifier les modes d’action,
- Compléter les approches préventives dans le cadre de la protection intégrée.
Ces effets ne reposent pas uniquement sur une action directe sur le pathogène, mais sur la diversification des leviers mobilisés, ce qui contribue à renforcer la robustesse et la durabilité des programmes de protection.
Construire un programme durable : l’essentiel
La lutte contre les résistances repose sur la combinaison de plusieurs leviers : pratiques agronomiques, choix variétaux, alternance des modes d’action et solutions dédiées comme OPSeed75. Plus ces outils sont variés et anticipés, plus le programme reste efficace face à un pathogène qui évolue rapidement. Avec moins de substances actives disponibles, la clé de la durabilité est la diversification des approches.