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Inoculum primaire du pommier : comment agir pour limiter la tavelure ?

Agriculture
31.07.2026

La gestion de l’inoculum primaire du pommier est aujourd’hui l’un des leviers les plus déterminants pour maîtriser la tavelure, maladie fongique majeure causée par Venturia inaequalis. En contrôlant, dès la sortie d’hiver, la quantité d’ascospores* présentes dans les feuilles tombées au sol, les producteurs réduisent considérablement le risque de contaminations primaires au printemps, période où les jeunes tissus sont les plus sensibles. Dans un contexte de transition vers des vergers plus durables et moins dépendants des intrants phytosanitaires conventionnels, ce pilotage précoce constitue un axe stratégique essentiel pour sécuriser la qualité des fruits et la performance économique du verger.

* Ascospores : spores sexuelles produites par le champignon dans des pseudothèces formées sur les feuilles mortes contaminées.

Selon l’INRAE (Maladies des cultures pérennes, 2021),  « la maîtrise des infections primaires conditionne la sévérité du cycle secondaire et l’ampleur des épidémies de tavelure ». Cette observation, largement confirmée par le CTIFL* et les Chambres d’Agriculture, place l’inoculum primaire au cœur des stratégies de protection intégrée.

* CTIFL : Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes, organisme français de référence pour la recherche appliquée, l’expérimentation et le transfert technique en arboriculture et maraîchage.

Comprendre l’inoculum primaire pour mieux le contrôler

Qu’est-ce que l’inoculum primaire ?

L’inoculum primaire correspond à la source initiale de spores infectieuses présentes dans le verger à la sortie de l’hiver. Chez Venturia inaequalis, cette source est composée des ascospores produites dans les feuilles contaminées tombées au sol à l’automne.

Le cycle d’infection primaire : une fenêtre courte mais décisive

Maturation et libération des ascospores

Durant l’hiver, Venturia inaequalis développe ses pseudothèces dans les feuilles mortes. Au printemps, lorsque les conditions deviennent favorables (pluie, température, humidité), les ascospores achèvent leur maturation marquant le début des contaminations primaires du pommier.

Contaminations primaires du pommier

Les références majeures du Modèle de Mills* (Mills & Laplante, dans les années 40), encore utilisées dans de nombreux OAD (Outils d’Aide à la Décision) montrent que l’infection nécessite :

  • Une pluie déclenchant la projection des spores,
  • Une durée d’humectation prolongée (de 6 à 28 heures selon la température),
  • Des organes jeunes : feuilles en croissance, tissus tendres, jeunes fruits.

* Modèle de Mills : Modèle épidémiologique historique évaluant le risque tavelure en fonction de la durée d’humectation et de la température.

Le CTIFL rappelle que « la majorité des contaminations primaires survient entre pointe verte et début floraison » (Synthèse arboriculture, 2021).

Pourquoi les contaminations primaires sont cruciales ?

Les contaminations primaires déterminent la dynamique épidémique pour le reste de la saison :

Des essais IFPC* montrent qu’une maîtrise insuffisante du cycle primaire entraîne une hausse significative du déclassement en station, pouvant atteindre plusieurs dizaines de pourcents selon les années.
* IFPC : Institut Français des Productions Cidricoles, centre technique spécialisé dans les vergers à cidre et la qualité des fruits.

Réduire l’inoculum primaire : les leviers techniques recommandés

Les organismes techniques français (IFPC, Chambres d’Agriculture, CTIFL) recommandent une stratégie combinant mesures culturales, surveillance et interventions préventives.

1. Interventions mécaniques et culturales : agir sur la source

Plusieurs techniques permettent de réduire l’inoculum présent dans les feuilles tombées :

  • Broyage des feuilles mortes :
    Selon les références de l’ANPP (Association Nationale Pommes et Poires), le broyage des feuilles mortes permet de diminuer significativement l’inoculum, avec une réduction du potentiel de projection d’ascospores pouvant atteindre 90 à 95 % au printemps.
  • Travail du sol et conduite des couverts végétaux :
    La gestion de la litière foliaire par incorporation, exportation ou accélération de sa dégradation, associée à une conduite adaptée des couverts végétaux et à l’apport de compost mûr, contribue à limiter le développement des pseudothèces.
  • Aération de la canopée par taille :
    L’amélioration de la circulation de l’air au sein du verger réduit la durée d’humectation foliaire et limite ainsi les conditions favorables aux contaminations.
  • Choix variétal :
    L’implantation de variétés moins sensibles à la tavelure constitue un levier prophylactique pertinent, notamment dans les zones à forte pression ou dans les systèmes de production à faibles intrants.

Faciles à mettre en œuvre à l’échelle du verger, ces mesures constituent un premier levier essentiel pour réduire durablement la pression de tavelure.

2. Suivi du risque avec les Outils d’Aide à la Décision (OAD)

Les OAD sont devenus indispensables en protection raisonnée. Ils permettent de :

  • Simuler les risques d’infection en fonction des épisodes pluvieux,
  • Anticiper les pics de libération d’ascospores,
  • Optimiser le positionnement des interventions préventives.

Exemples d’OAD :

  • RIMpro : Modèle de prévision épidémiologique, utilisé pour anticiper la pression tavelure, fait partie des OAD les plus utilisés en arboriculture, en France comme en Europe.
  • Agrometeo / Sopra / Aires-Météo : Rréseaux régionaux de stations météo agricoles fournissent des données (pluie, humectation, température) pour les modèles de prévision des maladies comme la tavelure ou l’oïdium.

3. Traitements de préfloraison : verrouiller les contaminations initiales

La phase de préfloraison représente un stade stratégique dans la gestion sanitaire du verger. Elle coïncide avec :

  • Des niveaux élevés de projection d’ascospores,
  • Une forte réceptivité des tissus jeunes aux contaminations,
  • Une période déterminante pour maîtriser précocement l’inoculum et optimiser l’efficacité de l’ensemble du programme de protection.

L’objectif n’est pas d’augmenter le nombre de traitements, mais de les positionner avec précision en s’appuyant sur les OAD afin de cibler les fenêtres à risque et d’intervenir au moment le plus pertinent.

Un contexte de réduction des solutions fongicides conventionnelles

La protection contre la tavelure évolue dans un contexte marqué par la réduction progressive des substances actives disponibles, les exigences réglementaires croissantes et l’apparition de résistances chez Venturia inaequalis. Les stratégies de protection s’orientent ainsi vers une approche intégrée combinant mesures prophylactiques, outils d’aide à la décision, optimisation du positionnement des traitements et recours à des solutions complémentaires, telles que les substances de base. Cette diversification contribue à préserver l’efficacité des programmes de protection tout en limitant la dépendance aux fongicides conventionnels.

Les substances de base : un levier complémentaire dans une stratégie de Protection Intégrée des Cultures (PIC)

Les substances de base approuvées au niveau européen constituent un levier complémentaire mobilisable en stratégie PIC. Leur usage est essentiellement préventif, en appui des pratiques culturales ou en complément de produits homologués.

Sur le plan réglementaire, elles relèvent du statut “substance de base” du règlement (CE) n°1107/2009 : elles sont autorisées après approbation européenne, avec des usages strictement encadrés.

Les travaux de l’INRAE en protection intégrée indiquent que ces substances peuvent être intégrées dans les programmes de lutte afin de diversifier les modes d’action, consolider le dispositif préventif et, lorsque l’efficacité est démontrée, réduire la dépendance aux matières actives conventionnelles.

OPSeed75 : une solution issue des pépins de raisin pour renforcer la gestion préventive de la tavelure

OPSeed75 , solution 100 % d’origine naturelle développée par Groupe Berkem, est un extrait de pépins de raisin (Vitis vinifera L.) concentré en polyphénols et reconnu comme substance de base par l’Union européenne (Article 23 du Règlement CE 1107/2009).
Il s’intègre parmi les leviers mobilisables dans les démarches agroécologiques ou bas intrants, en cohérence avec les orientations actuelles de la filière.

Intérêt agronomique dans la gestion de l’inoculum primaire

Pour accompagner la diminution du recours à la chimie conventionnelle, OPSeed75 s’inscrit dans une logique préventive, avec plusieurs bénéfices dans les phases initiales du cycle :

  • Positionnement préfloraison, au moment où les tissus jeunes sont les plus sensibles et où s’opère l’essentiel des contaminations primaires,
  • Continuité du programme, en s’articulant avec les traitements majeurs pour maintenir un niveau de protection régulier,
  • Traitement pendant les périodes intermédiaires entre deux pics de risque,
  • Diversification des leviers, contribuant à limiter la pression de sélection sur les matières actives conventionnelles.

Pourquoi son positionnement en préfloraison est pertinent ?

Entre les stades pointe verte et boutons roses :

  • Les tissus en développement présentent une forte réceptivité,
  • Les premières ascospores matures commencent à être émises,
  • La majorité des infections primaires s’initie durant cette fenêtre,
  • Les conditions humides (pluie, rosée, périodes d’humectation) favorisent la germination et la pénétration du pathogène.

Dans ce contexte, OPSeed75 peut être positionné comme traitement de consolidation lors des premiers niveaux de risque, ou en complément d’un programme cherchant à réduire le potentiel d’inoculum le plus en amont possible.

Évaluer l’efficacité d’une gestion optimale de l’inoculum

L’impact d’une bonne maîtrise du cycle primaire se mesure à travers plusieurs indicateurs techniques et économiques.

Indicateurs techniques :

  • Baisse du nombre de taches primaires,
  • Réduction des contaminations secondaires,
  • Meilleure efficacité des applications préventives,
  • Diminution du recours aux traitements curatifs et baisse de l’IFT chimique.

Indicateurs économiques :

  • Réduction du déclassement en station,
  • Plus grande stabilité des rendements,
  • Baisse des charges opérationnelles,
  • Sécurisation de la qualité commerciale des fruits.

Les essais conduits par l’IFPC et SudExpé* montrent que la maîtrise du cycle primaire est directement associée à une amélioration de la qualité de récolte et à une diminution significative de la pression globale de tavelure.

* SudExpé : Station d’expérimentation du réseau CTIFL, spécialisée en arboriculture. 

En résumé : une stratégie multi leviers pour réduire le risque de tavelure du pommier

La maîtrise du risque passe par une combinaison structurée de leviers complémentaires, chacun agissant à un moment clé du cycle du pathogène. Les recommandations techniques convergent vers une organisation séquentielle des interventions :

  • Mesures culturales : réduction du réservoir d’ascospores,
  • Outils d’aide à la décision : anticipation des périodes critiques,
  • OPSeed75 en préventif : consolidation et diversification des leviers.

Cette stratégie multi leviers permet d’abaisser durablement la pression de tavelure tout en sécurisant la qualité et la valeur commerciale des fruits dans un contexte de contrainte d’utilisation de produits conventionnelles curatifs.

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